Annexe 3 : Un REDD Sud-Sud

REDD Sud-Sud : Une initiative conjointe du Brésil et du Mozambique est un modèle de stratégie REDD nationale « pertinente pour toute l’Afrique[1] » mis en œuvre au Mozambique avec l’appui de la Fundação Amazonas Sustentável (FAS), le programme Bolsa Floresta et le projet REDD pilote de Juma. Cette initiative semble être le prototype de l’Initiative Sud-Sud Brésil-Afrique de promotion des REDD dans 15 pays africains (qui incluent entre autres probablement la République centrafricaine, le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Gabon, le Madagascar et la République du Congo,[2] en plus du Mozambique).

Le Fonds de l’Amazone chargé de la promotion des REDD dans l’Amazonie brésilienne a été créé avec un don d’un milliard de dollars de la Norvège et est géré par la Banque nationale brésilienne (BNDES). Les critiques de la FAS ne manquent pas de signaler que la BNDES finance des mégaprojets et la production d’agrocarburants en Amazonie, lesquels sont d’importants facteurs de la déforestation. Le financement de la Norvège a aussi été dénoncé comme de l’écoblanchiment pour le contrat majeur entre Statoil, la pétrolière étatique norvégienne, et Petrobras pour le forage pétrolier en haute mer, lequel pourrait avoir un effet dévastateur sur l’environnement et les moyens de subsistance des communautés qui vivent sur la splendide côte brésilienne.[3] Étant donné ce piètre paravent des industries extractives destructrices et cette banque qui finance la déforestation, le Fonds de l’Amazone n’est pas un modèle de REDD particulièrement encourageant pour l’Afrique.

Le programme Bolsa Floresta comprend différentes formules de paiement (voir ci-dessous). Il semble être une sorte de bien-être REDD qui pourrait créer une dépendance et dollariser les cultures autochtones et locales. Une des plus grandes préoccupations à propos de la Bolsa Floresta Familiar, qui paye les familles 25 $US par mois à l’aide d’une carte de guichet automatique en échange de la promesse de ne pas déboiser ni de pratiquer l’agriculture traditionnelle, est que l’argent de la Bolsa Floresta pourrait bien être moins que la valeur de la subsistance et de l’alimentation que l’accès libre à la forêt procure aux familles. Si c’est le cas, REDD causerait déjà la malnutrition et même la faim.

Dans le reportage vidéo[4] de Mark Shapiro à PBS sur le projet Juma, une femme autochtone est brièvement interviewée sur les paiements de la Bolsa Floresta. Elle y explique que la moitié de l’argent est dépensé pour acheter l’essence pour descendre la rivière chaque mois pour atteindre le guichet automatique. On voit son mari à l’arrière-plan à qui on a interdit de pratiquer l’agriculture. Lorsqu’on lui demande si les paiements de Bolsa Floresta sont suffisants, la femme répond : « Non. » Cependant, il y a des divergences d’opinions parmi les membres de la communauté quant à leur satisfaction à l’égard du programme. Il serait extrêmement utile pour la société civile mozambicaine d’obtenir une évaluation indépendante et complète du projet Juma et de Bolsa Floresta, car cela lui permettrait d’élaborer une stratégie pour réagir à cette initiative REDD Sud-Sud et serait probablement éventuellement utile à d’autres pays africains également inclus dans l’Initiative Sud-Sud Brésil Afrique.

Voici une description en langue portugaise de certains aspects du REDD Sud-Sud : une Initiative Brésil-Mozambique :

COOPERAÇÃO SUL-SUL SOBRE REDD UMA INICIATIVA MOÇAMBIQUE-BRASIL PARA O DESMATAMENTO ZERO COM RELEVÂNCIA PAN-AFRICANA page 5 http://pubs.iied.org/pdfs/G02605.pdf No Brasil, a Fundação Amazonas Sustentável (FAS) possui experiência no planeamento e implementação de mecanismos de pagamentos por serviços ambientais, através do Programa Bolsa Floresta (PBF). O PBF visa beneficiar financeiramente as famílias e comunidades e comunidades residentes nas Unidades de Conservação do Estado do Amazonas que se comprometem a realizar acções para reduzir a zero o desmatamento. O PBF començou como um programa estatal do Governo do Amazonas e agora é administrado pela FAS. Actualmente, os pagamentos já beneficiam mais de 6.000 famílias em 14 Unidades de Conservação , cobrindo mais de 10 milhões de hectares. O PBF possui uma série de características exclusivas, as quais garantem a sua abordagem rigorosa na busca do ‘desmatamento zero’. A estrutura do programa está dividida em quatro componentes, criando um equilíbrio nos incentivos que fazem que a busca pelo ‘desmatamento zero’ seja atractiva economicamente para as famílias e comunidades. As componentes estão descritas a seguir: (i) Bolsa Floresta Familiar: pagamento directo através de uma recompensa mensal às famílias participantes (US$25,00 por mês) na qual a distribuição do dinheiro é realizada através da utilização de um cartão de débito para saque, num sistema administrado por um banco popular do Brasil (Bradesco). Para receber o beneficio, as famílias assinam um acordo com o Governo do Estado comprometendo-se a não desmatar florestas primárias nas reservas em que moram. A FAS e o Governo são as responsáveil pelo monitoramento do desmatamento dentro das reservas; (ii) Bolsa Floresta Associação – pagamento directo às associações das comunidades visando fortalecer a governação local e a participação de interessados (equivalente a 10% da soma do montante destinado às famílias – aproximadamente US$500,00 por mês); (iii) Bolsa Floresta Renda – investimento na produção sustentável das comunidades, sem queimadas, baseada no maneio de recurso naturais (US$175.00 por ano); multiplicado pelo número de famílias. En média, US$70.000 por área protegida por ano); (iv) Bolsa Floresta Social – destinado às comunidades para investimento na melhoria da saúde, educação, comunicação e transporte (US$175,00por ano multiplicado pelo número de famílias. Em média, US$70.000 por área protegida por ano). A FAS é também responsável pela coordenação e implementação do Projecto de REDD da RDS do Juma, o primeiro projecto de REDD do Brasil, certificado de acordo com os critérios do CCBA (Climate, Community and Biodiverstiy) pela TUV-SUD e também o primeiro do mundo a obter o nível ouro de qualidade.

Une liste provisoire des participants à cette Initiative Sud-Sud Brésil-Mozambique comprend d’importants acteurs nationaux et internationaux dont plusieurs ministères du gouvernement du Mozambique, l’UICN, la Banque mondiale, la Norvège, Indufor, une société de plantations, et WWF.

Au Sommet sur le climat de Copenhague, Indufor avait préparé un événement parallèle où des membres de la délégation du Mozambique ainsi que la FAS présenteraient l’Initiative REDD Sud-Sud et le plan de route vers un plan d’action national pour REDD .

Cette initiative Sud-Sud travaille sur plusieurs projets pilotes, notamment « l’établissement de plantations », lequel a été un enjeu extrêmement contesté et même conflictuel au Mozambique au cours des dernières années et intimement lié aux accaparements de terres à grande échelle. Les zones des projets pilotes sont, par ordre de priorité, « Chicualalacua-Mabalane-Guija à Gaza ; la zone tampon Chipanje Chetu du parc national Gorongoza à Sofala, le district de Mecuburi, dans Nampula et Chipanje Chetu au Niassa. » On s’intéresse également à « une taxe destinée à l’établissement de projets de forêts et d’agroforesterie, » à une initiative appelée « un leader, une forêt » et à « ce qui pourrait être admissible à un financement REDD dans chacun des principaux secteurs : environnement, agriculture, foresterie, mines [?!] et développement d’infrastructures. »

Le projet Sud-Sud comprend des efforts pour réformer le cadre juridique du Mozambique pour faciliter la mise en œuvre des projets REDD et accaparer implicitement des terres. « Le chapitre décrit aussi comment la législation actuelle ouvre la voie à REDD , notamment à travers la loi foncière (1997) la loi environnementale (1997), la loi sur les forêts et la faune (1999) et la réglementation subséquente (2002). Il existe aussi de l’enthousiasme pour « développer une législation sur les droits carbone » et « promouvoir les droits communautaires de propriété et d’utilisation — y compris sur le carbone. » C’est très important de ne pas être leurré par le discours REDD de promotion des droits fonciers des communautés. La seule raison pour laquelle une attention est portée sur les droits fonciers communautaires est pour être en mesure d’obtenir les droits sur le carbone et la terre pour la mise en œuvre des REDD. Le rapport sur les coûts financiers des REDD, The Financial Costs of REDD,[5] préparé par l’UICN et financé par la tristement célèbre minière Rio Tinto (qui est aussi active au Mozambique) semble laisser croire qu’il est beaucoup moins coûteux de réaliser un projet REDD en accordant aux communautés et aux peuples autochtones leurs droits fonciers à la condition qu’ils exécutent le REDD, au lieu de payer des barons de plantations de soja ou des entreprises forestières pour ne pas déboiser. Il est plus qu’ironique que si une communauté « obtient » ses droits fonciers dans le cadre d’un projet REDD, ce même projet pourrait lui interdire d’exercer ces droits (c.-à-d. en rendant illégale l’agriculture traditionnelle ou en limitant l’accès même aux terres). L’obtention de droits fonciers communautaires à travers les REDD est une chimère très décevante qu’il faut démystifier d’autant plus que ce stratagème trompe un grand nombre d’organisations et même de mouvements nationaux autochtones.

Pour les paysans du Mozambique, il est significatif que le projet Sud-Sud prévoie augmenter « la productivité agricole en incluant les approches de la “révolution verte” et de “l’agriculture de conservation” » dans le cadre du REDD. Cela sent comme de l’agrobusiness pour des crédits REDD et il faudra poursuivre la surveillance et la recherche sur ce projet.

Paradoxalement, le projet Sud-Sud salut les garanties REDD qui dans les faits n’assurent pas de protection. « Cet enjeu soulève l’importance des garanties, lesquelles assurent que les REDD et même les projets de MDP, comme ceux de plantations à grande échelle qui visent à toucher des crédits de carbone, ne causent pas plus de dommages (aux populations, à l’État et aux ressources) que de bien. » Étant donné ce que nous savons à propos des effets sociaux et environnementaux des plantations, cela sonne bien comme des aspirations creuses.


  1. « Cooperação Sul-Sul Sobre Redd Uma Iniciativa Moçambique - Brasil Para O Desmatamento Zero Com Relevância Pan-Africana » http://pubs.iied.org/pdfs/G02605.pdf
  2. « FCPF, GEF Organize Brazil-Africa Event on REDD and Community Forestry » http://enb.iisd.mobi/news/?bid=6&pid=64252
  3. Voir « Extractive Industries and REDD » dans No REDD! Reader http://www.carbontradewatch.org/publications/no-redd-a-reader.html
  4. PBS/Frontline World et Centre for Investigative Journalism, « Carbon Watch: Brazil, the Money Tree, » http://www.pbs.org/frontlineworld/stories/carbonwatch/moneytree/
  5. Financial Costs of REDD: Evidence from Brazil and Indonesia http://cmsdata.iucn.org/sites/dev/files/import/downloads/costs_of_redd_summary_brochure.pdf

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