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11 Carbone bleu et carbone humide

Les projets REDD touchent aussi les mangroves, les terres humides, les océans et les aires marines protégées. L’initiative carbone bleu du Programme des Nations Unies pour l’environnement indique dès le départ que les océans stockent environ 93 % du dioxyde de carbone de la planète[1] et devraient être inclus dans les marchés du carbone. Le « carbone bleu » se réfère à l’utilisation du plancton, des herbiers marins, des algues et des mangroves des océans en tant que puits qui séquestrent le carbone pour générer des crédits de carbone.

Le « carbone humide » concerne un traitement similaire appliqué aux terres humides. En 2009, selon le WWF, le Fonds Danone pour la nature, un partenariat du Groupe Danone, de l’UICN et de RAMSAR a lancé une initiative pour financer des projets qui conservent et rétablissent les terres humides – des sites de soi-disant carbone humide – pour compenser les émissions de carbone de certaines marques de Danone (par ex. Évian). Le fonds a déjà appuyé un premier projet pilote de plantation de mangroves au Sénégal. Ainsi, une société qui privatise et embouteille l’eau potable privatise également des écosystèmes aquatiques. WWF a aussi l’œil sur les belles côtes du Mozambique en tant que puits de carbone et veut utiliser les REDD et les marchés du carbone pour financer les aires protégées et les parcs nationaux conjointement avec la vente d’autres services environnementaux.[2] Blue Carbon : The Opportunity of Coastal Sinks for Africa montre que toute l’Afrique, que ce soit ses terres, ses mers ou son eau, peut être utilisée comme une éponge pour absorber les émissions de carbone.[3]

Toute stratégie de protection de l’Afrique contre les REDD et les fausses solutions aux changements climatiques devrait surveiller divers plans de séquestration du carbone, dont les plans de captage et de stockage du carbone (CCS) qui pourraient inclure des tentatives de pompage du CO2 dans le fond des océans ou dans le sol. Il est crucial de noter que le carbone bleu et le carbone humide sont sans aucun doute liés à des accaparements d’eau et à la privatisation de l’eau. En fait, de plus en plus, les analystes se demandent si les accaparements de terres africaines ne sont pas en réalité une couverture pour l’accaparement de l’eau. La discussion ci-dessous sur les REDD Gourmet aborde ces accaparements qui se chevauchent et mentionne l’exemple des REDD Gourmet dans la région du lac Nyassa.

L’accaparement bleu en Afrique

Mary Galvin[4]

La vague d’accaparements de terres au cours des dernières années a été massive. Ces acquisitions de terres à grande échelle ont des conséquences sérieuses pour l’agriculture, l’écologie et la transformation du monde rural. Les populations sont dépossédées et souvent disloquées et l’emploi est affecté négativement.

Depuis 2011, plus de 45 millions d’hectares ont été accaparés en Afrique (estimation conservatrice de la Banque mondiale) pour des projets de mines, de foresterie, d’agrobusiness, de biocarburants et de conservation/tourisme, même si en Afrique, le principal intérêt des grands pays accapareurs comme la Chine et l’Inde est l’agriculture. Encore une fois, cela laisse à penser que les pays du BRICS (Brésil, Russie, Chine, Inde et Afrique du Sud) sont les moteurs d’une nouvelle ruée vers l’Afrique. Les crises financière, alimentaire et énergétique ont pour effet de créer des pressions pour trouver des projets rentables pour la finance, produire de la nourriture pour les pays en croissance comme la Chine et l’Inde, et produire de l’énergie avec les biocarburants. Et l’eau est l’élément clé dans chacun de ces domaines.

Dans un contexte où les droits fonciers ne sont pas formalisés et que la croissance démographique signifie qu’il y a une situation de concurrence pour des ressources rares, la Banque mondiale et le FMI ont de la latitude pour présenter l’acquisition (l’accaparement) de terres comme une « opportunité de développement » et beaucoup de gouvernements africains répondent positivement. Ces derniers sont contents d’obtenir des fonds d’investissement. Ils offrent de louer des terres sur une période de 99 ans à un prix dérisoire, et donnent des exemptions d’impôt. Les informations sur ces marchés sont compilées à partir de plusieurs sources dans une matrice foncière, qui peut donner une idée générale de la situation, mais n’incluent pas nombre de marchés encore en négociation ou conclus avec des entités locales. Selon cette matrice, le Mozambique et l’Éthiopie sont aujourd’hui les pays africains avec le nombre le plus élevé de marchés et de superficies accaparées. Même en Ouganda, où les acquisitions de terres par des étrangers sont illégales depuis l’expulsion des Asiatiques en 1969, 13 pour cent des terres agricoles ont été accaparées en utilisant des baux et des personnes juridiques locales appartenant au capital indien. Des pays comme la Zambie ont maintenant établi des plafonds sur les acquisitions de terres.

L’Afrique du Sud en revanche est une puissance régionale et un membre du BRICS qui appuie pleinement ses entreprises d’agrobusiness. La société sud-africaine AgriSA a signé le plus gros marché africain à ce jour qui couvre une superficie de 10 millions d’hectares, soit environ deux fois la taille de la Suisse, bien que seulement 200 000 de ces hectares ont jusqu’à maintenant été utilisés pour la production agricole. L’Afrique du Sud est donc un acteur important africain avec l’Égypte et la Libye. Nous sommes ici loin de la logique typique d’accaparements de terres des pays du Sud par des puissances du Nord. Ce marché a atteint cette ampleur grâce à la signature d’ententes bilatérales entre le gouvernement d’Afrique du Sud et plusieurs pays africains. Les sociétés d’agrobusiness sud-africaines, avec le soutien de Pretoria, ont 27 marchés de terres inscrits en Afrique australe et de l’Est.

Un des principaux domaines de l’accaparement sud-africain concerne l’industrie sucrière, dont le principal acteur est la société Illovo Sugar (la SADC, Communauté de développement de l’Afrique australe, compte parmi les 15 premiers producteurs de sucre de la planète). Le sucre est produit pour répondre à la demande croissante de la communauté, alors que le marché des pays africains augmente de deux pour cent en moyenne par année. Mais de la biomasse est aussi utilisée pour la production de l’éthanol vendu à l’Union européenne pour l’aider à atteindre ses cibles d’énergie renouvelable.

 

Usines de sucre en Afrique australe

Les « accaparements bleus » ou accaparements d’eau sont un élément sérieux – mais généralement négligé – des accaparements de terre. Ils soulèvent la question centrale de la propriété de l’eau. De manière surprenante, l’utilisation de l’eau n’est pas mentionnée dans les contrats d’acquisition (d’accaparement) de terres, mais l’inclusion de l’utilisation de l’eau minerait certainement la plausibilité de ces « opportunités de développement. » Par exemple, presque toutes les plantations de sucre puisent leur eau d’irrigation de rivières, au détriment des petits paysans qui dépendent eux aussi des mêmes rivières. De plus, les raffineries de sucre consomment des quantités phénoménales d’eau. Au Mali, le lit du fleuve Niger a été détourné par la construction d’un canal artificiel qui alimente le projet Malibya de production de riz humide sur une superficie de 100 000 hectares dont la production est exportée en Libye. Ce projet a transformé une savane aride en plantation de riz à la vietnamienne (voir Martinello, G. « Dispossessed and rural social movements: the 2011 conference in Mali, » Review of African Political Economy).

Sans une mobilisation citoyenne massive contre les élites nationales, les accaparements de terres et d’eau dévasteront les populations pauvres des pays de la même manière que les enclosures (enclos) en Angleterre aux 18e et 19e siècles. Cette vague d’accaparements des terres cause une dépossession massive et des déplacements de population à grande échelle, une intégration hostile de la sous-traitance agricole, une augmentation de l’endettement, la concentration de la propriété des terres et l’agrobusiness transnational. Des militants-universitaires travaillent de près avec les communautés pour consigner l’histoire des zones qui sont dépossédées, pour que les paysans puissent contester ces nouvelles « enclosures » devant les tribunaux. Conjointement avec les militants de la justice sociale, ils font de la sensibilisation en appui à la mobilisation des populations locales contre les accaparements de terres et d’eau et leurs effets dévastateurs sur les moyens de subsistance.

 


  1. The Mercury, « Between the devil and the deep blue sea, » 20 octobre 2009, Édition 1
  2. WWF, « Feasibility Study: Sustainable Financing of Protected Areas in Mozambique, » p.25.
  3. Chevallier, R. 2012. « Blue Carbon: The Opportunity of Coastal Sinks for Africa. » Policy Briefing 59, Governance of Africa’s Resources Program, SAIIA. http://bluecarbonportal.org/?p=9172
  4. http://canadians.org/blog/blue-grabbing-africa

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