="http://www.w3.org/2000/svg" viewBox="0 0 512 512">

2 Qu’est-ce que REDD ?

Dans le présent livre, par REDD nous entendons un ensemble de mécanismes (y compris REDD et les projets de type REDD) mis en place tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du système des Nations Unies prétendument pour combattre la déforestation et les changements climatiques. Les REDD font l’objet de négociations au sein de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) depuis 2005. L’objectif déclaré de ces négociations est de réduire les émissions mondiales nettes de gaz à effet de serre en contrôlant la gestion des forêts dans les pays en développement.

L’encadré ci-dessous de GRAIN résume le fonctionnement prévu du mécanisme :

Qu’est-ce que REDD  ?[1]

L’acronyme REDD veut dire Réduction des émissions issues de la déforestation et de dégradation des forêts dans les pays en développement. C’est le terme sous lequel la disparition des forêts est discutée lors des réunions des Nations Unies (ONU) sur le climat. Depuis 2005, la question de la disparition des forêts a amené les gouvernements présents aux réunions de l’ONU à se détourner du traitement de la cause réelle des changements climatiques : la transformation de gisements souterrains anciens de pétrole, de charbon et de gaz en combustibles fossiles et leur combustion. Au lieu de proposer un plan sur la façon de mettre fin aux émissions de gaz à effet de serre qui sont la conséquence de l’utilisation de ces combustibles fossiles, les négociations de l’ONU sur le climat ont passé beaucoup de temps à débattre de la déforestation des forêts tropicales. Il est bien sûr important de stopper la disparition des forêts, aussi à cause des émissions de CO2 libérées lorsque les forêts sont détruites. Mais la réduction de la déforestation ne peut se substituer à la formulation d’un plan sur la façon de mettre un terme à l’utilisation des combustibles fossiles ! Le problème avec le mécanisme REDD, c’est qu’il aboutit exactement à cela : permettre aux pays industrialisés de brûler des combustibles fossiles un peu plus longtemps.

REDD est un autre mot que l’ONU utilise pour parler des forêts. Le « plus » correspond à « l’amélioration des stocks de carbone, la gestion durable des forêts et la conservation des forêts » ou, comme l’a expliqué un commentateur : « à un certain moment, quelqu’un a pensé qu’il serait approprié d’ajouter le “ ” qui en viendrait à représenter toutes ces autres choses qui ont attiré l’attention du secteur du développement international au cours des dernières années (comme la conservation, les rapports hommes-femmes, les populations autochtones, les moyens de subsistance et ainsi de suite) ». À l’origine, le mécanisme REDD était destiné à des pays connaissant une importante déforestation, le Brésil et l’Indonésie en particulier. Cela voulait dire que le financement serait disponible principalement pour les pays qui présentaient un fort potentiel de réduction de leur taux de déforestation. Seuls huit pays, représentant 70 % de la disparition des forêts tropicales, seraient ainsi concernés. Les pays possédant beaucoup de forêts, mais connaissant peu de déforestation (le Guyana, la RDC, le Gabon, etc.) ont donc insisté pour que REDD soit conçu de façon à ce qu’ils aient également accès au financement de ce mécanisme, par exemple en étant payés pour ne pas accroître la déforestation future prévue. Le « plus » a donc été également ajouté afin que les pays ayant un faible niveau de déforestation, mais beaucoup de forêts puissent aussi avoir accès à ce qui devait, pensait-on à l’époque, représenter de grosses sommes d’argent pour les activités REDD .[2]

 Comment REDD est-il censé fonctionner ?

Les pays riches en forêts de l’hémisphère sud acceptent de réduire les émissions provenant de la destruction des forêts dans le cadre d’un accord des Nations Unies sur le climat. Pour démontrer exactement combien de tonnes de (dioxyde de) carbone ont été économisées, le gouvernement produit un plan national REDD qui explique quelle surface de forêt aurait été détruite au cours des prochaines décennies. Puis le plan décrit la superficie de forêt que le gouvernement serait prêt à ne pas couper si quelqu’un le paye pour conserver sur pied la forêt qui, selon lui, serait autrement détruite. Il calcule combien il en coûterait de ne pas détruire la forêt et quelle quantité de carbone ne sera pas rejetée dans l’atmosphère pour pouvoir garder la forêt intacte.

En contrepartie, des pays industrialisés (ou des entreprises, ou des ONG internationales) paient les pays forestiers tropicaux (ou des projets REDD individuels) pour empêcher la destruction de la forêt qui est censée avoir lieu sans le financement de REDD . Le paiement ne sera effectué que si le pays forestier montre que la destruction de la forêt a été effectivement limitée et que le carbone qui, autrement, aurait été libéré dans l’atmosphère continue d’être stocké dans cette forêt. Voilà pourquoi les gens parlent parfois de paiements « axés sur les résultats » ou « basés sur les performances » à propos de REDD . Le projet REDD doit également montrer que la forêt aurait été détruite en l’absence du financement de REDD . Ce dernier point est important parce que de nombreux pays industrialisés et les entreprises qui financent des activités REDD veulent recevoir quelque chose en contrepartie de leur soutien financier. Ce quelque chose est appelé un crédit carbone (ce nom pourrait changer dans le traité de l’ONU sur le climat que les gouvernements devraient adopter à Paris en décembre 2015). La publication du WRM « 10 alertes sur REDD à l’intention des communautés[3] » explique pourquoi les calculs qui créent les crédits de carbone ne sont pas crédibles et pourquoi il est impossible de savoir si une forêt n’a réellement été sauvée que grâce au financement REDD .

À quoi peut donc servir ce crédit carbone ?

Un crédit carbone est pour l’essentiel un droit à polluer. Un pays ou une entreprise polluante qui a pris l’engagement de réduire ses émissions de gaz à effet de serre ne réduit pas ses émissions autant que ce à quoi il s’est engagé. Au lieu de cela, le pays ou l’entreprise paie quelqu’un ailleurs pour réaliser cette réduction à sa place. De cette façon, le pollueur peut prétendre avoir honoré son engagement alors qu’en réalité il continue à brûler plus de pétrole et de charbon et à rejeter plus de CO2 dans l’atmosphère que ce à quoi il s’est engagé. De l’autre côté de la transaction sur les crédits carbone (REDD ), quelqu’un prétend qu’il avait l’intention de détruire une forêt, mais que, à la suite du paiement, il a décidé de ne pas détruire cette forêt. Le carbone économisé en protégeant la forêt qui, autrement, aurait été abattue est vendu en tant que crédit carbone au pollueur qui continue de brûler plus de combustibles fossiles que convenu. En d’autres termes, le propriétaire du crédit de carbone a le droit de rejeter une tonne de carbone fossile qu’il avait promis de ne pas émettre parce que quelqu’un d’autre a économisé une tonne de carbone dans une forêt qui, sans le paiement du crédit carbone, aurait été détruite et aurait conduit à des émissions de CO2. Sur le marché volontaire du carbone, où les entreprises et les particuliers achètent des crédits carbone pour faire valoir que (certaines de) leurs émissions ont été compensées, les crédits REDD sont négociés entre 3 et 10 $US.

Pourquoi le négoce des crédits carbone ne réduit-il pas les émissions ?

Cette idée de compensation (carbone) soulève de nombreux problèmes. Notamment, le négoce des crédits carbone ne réduit pas les émissions globales : ce qui est économisé à un endroit permet des émissions supplémentaires dans un autre endroit. Il existe un autre problème dans le cas des crédits carbone REDD  : la différence très importante entre le carbone stocké dans le pétrole, le charbon et le gaz et le carbone stocké dans les forêts. Le carbone stocké dans les arbres fait partie d’un cycle naturel dans lequel il est constamment rejeté et absorbé par les plantes. Le carbone terrestre circule entre l’atmosphère, les océans et la forêt depuis des millions d’années.

Au fil des siècles, du fait de la déforestation, une trop grande quantité du carbone naturellement dans la circulation s’est retrouvée dans l’atmosphère et trop peu dans les forêts. Aujourd’hui, l’agriculture industrielle, l’exploitation forestière, les infrastructures et l’exploitation minière sont les principales causes de la déforestation. Lorsque les pays industrialisés ont commencé à brûler du pétrole et du charbon, ils ont encore augmenté la quantité de carbone qui s’accumulait dans l’atmosphère. Le carbone contenu dans ces « combustibles fossiles » avait été stocké sous terre depuis des millions d’années, sans contact avec l’atmosphère. Son rejet augmente considérablement la quantité de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, ce qui, à son tour, entraîne une modification du climat. Bien que les plantes puissent absorber une partie de ce carbone supplémentaire rejeté par les gisements de pétrole et de charbon anciens, ils ne le font que temporairement : lorsque la plante meurt ou lorsqu’une forêt est détruite ou brûle, le carbone est libéré et augmente la concentration de CO2 dans l’atmosphère (en accentuant le déséquilibre résultant de la destruction de la forêt).

Voilà pourquoi les crédits REDD ne contribuent pas à réduire les émissions globales. Pire encore, les crédits REDD vont conduire à une augmentation des concentrations de CO2 dans l’atmosphère parce que REDD repose sur l’hypothèse erronée que le carbone forestier et le carbone fossile sont une seule et même chose alors que d’un point de vue climatique, ils ne le sont manifestement pas !


Feedback/Errata

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *