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19 Comparaison entre le colonialisme et les REDD

Le tableau ci-dessous présente les similarités et différences entre le colonialisme et les REDD. Il y a beaucoup de chevauchements et de similarités en ce qui concerne les expropriations territoriales, les « accaparements de terres, » le reformatage et la marchandisation de la nature et de la main-d’œuvre, ainsi que le rôle, les avantages et les profits pour les marchés du Nord. « Accaparements de terres » est un terme qui dépolitise et rend invisibles les auteurs et les victimes des expropriations territoriales ainsi que les motifs économiques et géopolitiques derrière la mainmise des terres. Le terme évoque un bébé qui accapare de la nourriture et, par conséquent, infantilise un projet néocolonialiste ou impérialiste qui bien souvent est mieux décrit comme une expropriation ou invasion. Le racisme va main dans la main avec le colonialisme et fait probablement partie des REDD. Selon NO REDD ! in RIO 20 – A Declaration to Decolonize the Earth and the Sky of the Global Alliance of Indigenous Peoples and Local Communities on Climate Change against REDD  :

Tout comme historiquement la doctrine de la découverte a servi à justifier la première vague de colonialisme en alléguant que les peuples autochtones n’avaient pas d’âme, et que nos terres étaient « terra nullius, » territoire sans maître, aujourd’hui l’économie verte et REDD inventent de la même manière des prémisses malhonnêtes pour justifier cette nouvelle vague de colonisation et de privatisation de la nature. Les peuples autochtones et les paysans sont tués, réinstallés de force, criminalisés et blâmés pour les changements climatiques. Notre terre est qualifiée « d’inutilisée, » « dégradée » ou a besoin d’être « conservée » ou « reboisée », pour justifier des accaparements de terres massifs pour REDD , les projets de compensation carbone et la biopiraterie.[1]

Il serait utile d’effectuer une analyse comparative plus approfondie sur le reformatage de la nature par le colonialisme et les REDD. Une telle analyse jetterait de la lumière sur l’appropriation d’aspects et de processus de la nature à différents moments de l’histoire comme la terre ou le cycle du carbone dans l’atmosphère, et leur conversion en capital et nouveaux marchés, créant ainsi de nouveaux types de relations entre l’humanité et les autres espèces et même avec l’air que nous respirons.

Les REDD et l’économie verte convertissent en marchandise toute la nature et les processus naturels en les transformant en « biens et services environnementaux. » Les promoteurs et investisseurs des REDD ne sont pas tous originaires de l’Europe ou des États-Unis ; certains d’entre eux viennent du sud mondial, notamment du Brésil. De plus, les investisseurs étrangers n’agissent pas seuls et les élites politiques et économiques facilitent l’expropriation des terres paysannes et engendrent indirectement des centaines de conflits territoriaux.

Le plus important pour le stoppage des REDD et de l’accaparement du continent, c’est qu’il existe des différences majeures avec les luttes précédentes contre le colonialisme : manque d’appuis, d’alliés, de financement, de formation d’instruments internationaux, de cadres juridiques, de soutien de l’ONU, de conscience des peuples, d’un mouvement de masse continental (et mondial), mais aussi l’absence d’intellectuels et de penseurs anticolonialistes qui se consacrent aux REDD et à l’économie verte et articulent un cadre analytique de résistance. Hélas, il y a une dislocation entre l’ampleur de la menace systémique et structurelle des REDD et l’articulation de la résistance.

Dans le passé, les peuples et les mouvements de libération nationale ont résisté au colonialisme. Dans le cas des REDD, seule une poignée de communautés individuelles essaient de défendre leurs droits de l’homme et leurs droits fonciers. De toute évidence, nous vivons un moment historique bien distinct de celui de la lutte contre le colonialisme et pour l’indépendance en Afrique. Que ce soit la conscience, le leadership, les mouvements de masse, le soutien international, la solidarité et les alliés, rien n’est comparable aujourd’hui.

Créons un nouveau mouvement de libération pour nous libérer de la dette immorale et du néocolonialisme. C’est une voie d’avenir. L’autre, c’est l’unité panafricaine.

– Julius Nyerere[2]

Mener cette lutte anticolonialiste est une tâche titanesque pour la société civile, les mouvements sociaux et les ONG, notamment parce que la plupart des citoyens ne savent même pas que les REDD existent. Néanmoins, nous pouvons nous baser sur les luttes anticolonialistes et pour l’indépendance du passé en cadrant la lutte contre les REDD dans leurs termes.

Maintes fois dans l’histoire, exiger l’impossible a été une nécessité. C’est encore une fois le cas aujourd’hui. Avec « un espoir obstiné,[3] » le Réseau Pas de REDD en Afrique et les communautés et peuples autochtones du continent vous invitent à vous joindre à la résistance aux REDD.

Critère de comparaison Colonialisme REDD Notes
Économie Colon

Colon — impérialiste

Capitalisme vert

Économie verte

Financiarisation,

Marché du carbone mondial

Convergence des régimes mondiaux du climat, du commerce et de la finance

Compensation de toute la chaîne d’approvisionnement des marchandises et de la matrice énergétique
Marchandises Terres, main-d’œuvre, esclaves, or, cultures

– Bois, biodiversité, cultures

– Création de nouvelles marchandises : biens et services environnementaux ;

Biens : compensations, vie, nature, terre, air, eau, services de biodiversité : processus naturels

Mais les terres accaparées et les ressources in situ sont des éléments énormes des REDD : l’extraction de l’eau, des combustibles fossiles, des métaux et minéraux, lesquels peuvent aussi être destinés à l’exportation. Le Socio-Bosque de type REDD en Équateur qui permet l’extraction des combustibles fossiles et les mines montre que les REDD africains pourraient éventuellement faire la même chose.
Marchés Pays et sociétés privées du nord Pays et entreprises privées du nord, transnationales, marchés du carbone
Reformatage et marchandisation de la nature Reformate une partie de la nature en tant que « matières premières » Reformate TOUTE la nature et les processus naturels au complet en biens et services écosystémiques qui deviennent de nouvelles marchandises mesurables et vendables. Les REDD reformatent l’air, les forêts, l’agriculture, les terres humides, les mangroves et les écosystèmes aquatiques, même lorsqu’ils prétendent le contraire.
Types d’agriculture Plantations Plantations de crédits de carbone, bois, cultures et agrocarburants
Régimes fonciers privés Une partie des terres devient propriété privée

TOUTES les terres, l’eau, la vie et le ciel deviennent propriété privée

La portée englobe toutes les choses, les êtres, les aspects (même la beauté) et les processus

Application des droits fonciers Enclos et clôtures gardes armés

Enclos, clôtures, gardes armés,

Surveillance par satellite, capteurs distants et militarisation

Colons Européens Européens, Norvège, États-Unis, Chine, BRICS, surtout le Brésil États élites africaines complices
Colonisés États et peuples du Sud États ? peuples, communautés du Sud
Formes de colonisation Accaparement du continent, invasion, militarisation, esclavage Accaparement du continent, violence, militarisation, esclavage, servitude
Prémisse raciste

Justifications racistes et religieuses

Doctrine de la découverte, « Terra nullius, » Bulles papales, etc.

Prémisses malhonnêtes similaires enrobées dans la « lutte contre la déforestation » et l’utilisation de « terres inutilisées »
Lutte pour Indépendance ; libération ; autogouvernement Défendre le régime foncier et les droits
Modes de résistance Mouvements politiques et armés de libération populaire nationale Résistance politique et non-violente, isolée et petite
Conscience et esprit

– Conscience et engagement à un niveau élevé dans l’histoire

— Effervescence

– Manque de conscience

– Apathie relative

Dirigeants de la résistance

– Plusieurs générations y compris des politiciens et intellectuels

– Beaucoup d’entre eux assassinés

Communautés en première ligne, peuples autochtones, quelques militants des mouvements sociaux et environnementaux ; dispersés et non articulés, très peu de politiciens et intellectuels
Alliés Autres pays africains, Chine, URSS, Cuba, Nations Unies

Très peu d’alliés

Organisations de droits de l’homme internationales insensibles

La plupart des ONG appuient les REDD

Mouvements sociaux

La Via Campesina ; quelques réseaux

Donateurs Gens, autres pays africains, Chine, URSS, Cuba Zéro La plupart des donateurs appuient les REDD
Soutien Gens, autres pays africains, Chine, URSS, Cuba Zéro
Formation Autres pays africains, Chine, URSS, Cuba Zéro
Entités internationales

Comité spécial de la décolonisation de l’ONU

POUR LES ÉTATS-NATIONS pas pour les communautés ou peuples autochtones

– L’ONU fait la promotion des REDD (UN-REDD, Banque mondiale, PNUE, PNUD, etc.)

– Mécanismes des droits de l’homme insensibles à la dénonciation des violations, c.-à-d. Rapporteur spécial sur les peuples autochtones, CÉDR, etc.

– Commission africaine

– L’IPNUQA (UNPFII) a mené une chasse aux sorcières contre les peuples autochtones opposés aux REDD en les qualifiant de radicaux

– Abus de la DNUDPA en alléguant que la participation aux REDD est du développement autodéterminé

Cadre juridique

Pactes internationaux

– Droit à l’autodétermination

– Aucun instrument opposé aux REDD

– Aucune jurisprudence établie sur les violations

Cadre analytique de la résistance Corps de pensée énorme tant africain qu’étranger accumulé pendant plusieurs siècles sur l’abolition de l’esclavage, le colonialisme, le capitalisme, l’impérialisme, l’indépendance, les mouvements de libération ; des siècles de luttes, de mouvements et de praxis

– En cours de formation ; relativement minuscule — surtout descriptif des REDD, de leurs impacts, et de l’économie verte

– Presque rien sur les stratégies de résistance

Très peu de luttes explicitement contre les REDD

 


  1. Global Alliance of Indigenous Peoples and Local Communities on Climate Change against REDD , NO REDD ! in RIO 20 – A Declaration to Decolonize the Earth and the Sky http://www.redd-monitor.org/2012/06/19/no-redd-in-rio-20-a-declaration-to-decolonize-the-earth-and-the-sky/
  2. « The Heart Of Africa: Interview With Julius Nyerere On Anti-Colonialism with Ikaweba Bunting, » New Internationalist Magazine, numéro 309, janvier-février 1999
  3. Dennis Brutus, « Stubborn Hope – Selected Poems of South Africa and a Wider World » http://www.unz.org/Pub/BrutusDennis-1979.

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