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10 L’agriculture intelligente face au climat est stupide !

Les REDD paysages incluent les champs, les fermes, les forêts et l’agriculture intelligente face au climat. L’agriculture intelligente face au climat génère des crédits de carbone à partir de l’agro-industrie dépendante des combustibles fossiles, des « cultures adaptées au climat, » des OGM, des agrocombustibles, des plantations de sucre et de soja et d’autres pratiques agricoles destructives.

Selon Doreen Stabinsky, professeure de politique environnementale mondiale, « ‘l’agriculture intelligente face au climat’ est une piètre tentative d’écoblanchir l’agriculture industrielle – une tâche certes difficile étant donné que la production et utilisation d’engrais ainsi que l’élevage industriel de bœufs génèrent des quantités phénoménales de gaz à effet de serre. Plus de 100 organisations de la société civile et paysannes des quatre coins de la planète rejettent vivement une nouvelle initiative des États-Unis, la Global Alliance on Climate-smart Agriculture.[1]

Selon La Via Campesina, le plus grand mouvement paysan de la planète, « des marchés du carbone du sol pourraient aussi ouvrir la voie à l’accaparement de terres à grande échelle pour la production de cultures transgéniques ou de biochar. » Le biochar est du charbon utilisé comme amendement du sol. Comme beaucoup de charbon, il est fabriqué par pyrolyse à partir de la biomasse. Certains font la promotion du biochar en tant que méthode de séquestration du carbone. Cependant, pour appliquer cette solution à grande échelle, il faudrait créer de vastes plantations en monoculture d’arbres à croissance rapide afin d’obtenir la matière première requise. Peter Reed, un expert en énergie de la Nouvelle-Zélande a créé le terme « biochar » en 2005. Il a estimé qu’une superficie de 1,4 milliard d’hectares devrait suffire. Mais c’est un peu plus que la superficie de toutes les terres arables de la planète ! L’Afrique subit déjà une épidémie d’accaparements de terres – une course pour s’emparer des sols en vue du commerce et de la séquestration du carbone ne ferait qu’empirer la situation.

En mai 2009, le Fonds forestier du bassin du Congo a annoncé la première, et à ce jour la seule, subvention REDD pour l’utilisation de biochar, c.-à-d. du charbon fin amendé à des sols agricoles. La subvention de 338 000 € a été accordée dans la République démocratique du Congo au projet « Cesser progressivement l’agriculture sur brûlis avec le biochar. » Le projet a été lancé par une « organisation belge à but social lucratif » du nom de Biochar Fund, conjointement avec ADAPEl, un partenaire local. Selon le site Web du Fonds forestier du bassin du Congo (FFBC), le projet « remplacera l’agriculture sur brûlis » parce que le biochar « maintient la fertilité du sol et constitue un puits de carbone stable et facile à mesurer. Le biochar enrichit ainsi le sol et le rend plus productif, ce qui réduit la pression pour défricher les terres boisées. L’utilisation des résidus de culture pour produire le biochar génère également de l’énergie renouvelable à faible coût, ce qui réduit la demande locale en bois de cuisson. » Aucun essai scientifique sur le terrain n’a confirmé ces affirmations… La subvention du FFBC à ce projet de biochar a été non seulement une « première » quant au financement du biochar, mais aussi la seule subvention du FFBC à appuyer une technologie ou une pratique qui prétend séquestrer le carbone dans le sol. Les crédits de carbone pour la séquestration de carbone dans le sol sont un des buts que poursuit la Banque mondiale à Durban et au-delà.

« Le marché volontaire de carbone du sol sera un autre espace de spéculation financière et alors que les paysans recevront des centimes, les spéculateurs engrangeront des profits faramineux. Ce n’est rien de plus qu’une autre façon pour les industries et les pays pollueurs d’éviter d’effectuer de véritables réductions d’émissions. Si nous, en tant que paysans, nous signons une entente de carbone du sol, nous perdrons notre autonomie et contrôle sur nos systèmes agricoles. Ce projet est inséparable de l’idéologie néolibérale qui convertit absolument tout (la terre, l’air, la biodiversité, la culture, les gènes, le charbon, etc.) en capital, lequel à son tour peut être placé dans un type quelconque de marché spéculatif.[2] »

Une nouvelle forme de colonialisme

Le Réseau Pas de REDD en Afrique a, dès sa création, déclaré que « les REDD ne sont plus seulement une fausse solution, mais une nouvelle forme de colonialisme, de domination économique, d’appauvrissement et un moteur d’accaparement de terres si massif qu’il pourrait toucher le continent au complet.[3] » De nombreux mouvements sociaux, universitaires et analystes s’entendent pour dire que dans le document « NO REDD  ! in RIO 20 – A Declaration to Decolonize the Earth and the Sky, » la Global Alliance against REDD (Alliance mondiale contre REDD ) n’a pas mâché ses mots :

« Après plus de 500 ans de résistance, nous, les peuples autochtones, les communautés locales, les paysans, les pêcheurs et la société civile, nous ne sommes pas dupés par la soi-disant économie verte et REDD parce que nous reconnaissons le colonialisme lorsque nous le voyons. Peu importe ses déguisements cyniques et les mensonges effrontés, le colonialisme termine toujours avec le viol et le pillage de la Terre Mère, et l’esclavage, la mort, la destruction et le génocide de ses peuples.[4] »

Kathleen McAfee, auteure de The Contradictory Logic of Global Ecosystem Services Markets, convient que les efforts de conservation fondés sur le marché répéteront la tendance historique de pillage colonialiste en extrayant la richesse du Sud mondial rural et en la concentrant dans les places financières du Nord. « L’application du modèle du marché aux politiques de conservation internationales, dans lequel les incitatifs au profit dépendent de coûts d’opportunité différentiés, aura pour effet un transfert net de la richesse vers le haut, des classes pauvres aux classes riches et des régions rurales aux places financières éloignées où s’accumule le capital, principalement dans le Nord mondial.[5] »

L’article de Sarah Bracking, « How do Investors Value Environmental Harm/Care? Private Equity Funds, Development Finance Institutions and the Partial Financialization of Nature-based Industries, » présente des perspectives sur l’accumulation du capital grâce à la nature et à la séquestration du carbone en Afrique.

« Les fonds de capitaux privés, pour la plupart établis dans des paradis fiscaux, sont les principaux investisseurs des économies d’Afrique axées sur l’exploitation des ressources. Certains des investissements effectués par ces fonds sont spéculatifs et basés sur la perception que la valeur “future” de la biodiversité, des biocarburants, de la terre, de la séquestration de carbone et des minéraux stratégiques sera élevée. Cependant, les fonds de capitaux privés investissent également massivement dans les mines, l’énergie et les infrastructures, lesquelles génèrent aussi de la richesse du monde non humain ; il s’agit de “vieux” marchés aux côtés des “nouveaux” marchés de produits découverts basés sur la nature… [C]es instruments calculés aident à légitimer les fonds de capitaux privés en tant que leaders institutionnels de structures de pouvoir préexistantes qui exploitent les ressources naturelles en Afrique pour le compte des détenteurs de capitaux. Ces propositions correspondent en gros aux dimensions technique, empirique et théorique d’un arrangement sociotechnique qui s’applique à l’accumulation fondée sur la nature, laquelle, dans l’ensemble, constitue un processus politique de financiarisation.[6] »

 


  1. Doreen Stabinsky, professeure de politique environnementale mondiale au College of the Atlantic, à Bar Harbor, Maine 23 septembre 2014. Commentaire sur l’agriculture intelligente face au climat et le Sommet de l’ONU sur le climat.
  2. La Via Campesina, Call to Durban, http://www.redd-monitor.org/2011/09/17/our-carbon-is-not-for-sale-via-campesina-rejects-redd-again/
  3. http://www.no-redd-africa.org/images/pdf/Reseau contre REDD en Afrique - press release.pdf
  4. NO REDD ! in RIO 20 – A Declaration to Decolonize the Earth and the Sky, Global Alliance of Indigenous Peoples and Local Communities on Climate Change against REDD and for Life http://www.redd-monitor.org/2012/06/19/no-redd-in-rio-20-a-declaration-to-decolonize-the-earthand-the-sky/
  5. McAfee, Kathleen « The Contradictory Logic of Global Ecosystem Services Markets » http://www.academia.edu/1625838/The_Contradictory_Logic_of_Global_Ecosystem_Services_Markets
  6. Bracking, Sarah, How do Investors Value Environmental Harm/Care? Private Equity Funds, Development Finance Institutions and the Partial Financialization of Nature-based Industries, http://www.osisa.org/sites/default/files/schools/development_and_change_2012.pdf (accessed 2013)

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