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18 Le colonialisme et les REDD : la troisième ruée vers l’Afrique ?

Stopper la REDD-ification de l’Afrique et l’accaparement du continent fait partie de la résistance globale de l’Afrique au colonialisme, au capitalisme, à l’impérialisme, à « l’économie verte » et au maldéveloppement de l’agenda de développement post 2015. Ce défi signifie contrer l’exploitation exacerbée de l’Afrique et des Africaines et Africains, l’agenda de « sous-développement » post 2015 et la « décarbonisation » de l’économie mondiale qui sera probablement entérinée dans l’Accord de Paris de 2015. Cela exige aussi de contrer la résurrection de l’Organisation mondiale du commerce, le marché mondial du carbone et les compensations obligatoires, lesquels sont fondamentaux pour les REDD et l’économie verte.

Puisque les REDD ont été dénoncés en tant que colonialisme du carbone ou même impérialisme du carbone, il est utile de situer la résistance aux REDD dans la riche histoire de résistance au colonialisme et à l’impérialisme en Afrique et à leur critique. Dans How Europe Underdeveloped Africa, Walter Rodney affirme : « Le phénomène du néocolonialisme demande une enquête détaillée pour formuler la stratégie et les tactiques de l’émancipation et du développement de l’Afrique.[1] » Il en va de même avec les REDD.

La troisième ruée vers l’Afrique ?

La première ruée vers l’Afrique a bien sûr été le découpage du continent par les puissances coloniales. La première phase de la deuxième ruée a été ce que Kwame Nkrumah a appelé le néocolonialisme et Julius Nyerere a défini comme « des Africains qui se battent contre des Africains. » Sommes-nous maintenant au début d’une troisième ruée vers l’Afrique avec « l’économie verte » et les REDD ?

Kwame Nkrumah était probablement trop optimiste lorsqu’en 1965 il a qualifié le néocolonialisme de « dernier stade » de l’impérialisme dans son livre Le néocolonialisme : dernier stade de l’impérialisme[2] ou peut-être que les REDD sont simplement le plus récent chapitre de ce dernier stade.

Le néocolonialisme d’aujourd’hui représente l’impérialisme à son dernier et probablement plus dangereux stade. L’essence du néocolonialisme est que l’État qui en est la proie est, en théorie, indépendant et possède tous les atours extérieurs de la souveraineté internationale. Mais dans les faits, son système économique et ainsi sa gestion politique sont dirigés de l’extérieur…

Les mécanismes du néocolonialisme :

… Confronté aux peuples militants des anciens territoires coloniaux en Asie, Afrique, les Caraïbes et l’Amérique latine, l’impérialisme change simplement de tactique. Sans scrupule, il range ses drapeaux, et remercie même certains de ses officiers expatriés les plus haïs. Cela signifie, du moins c’est ce qu’il prétend, qu’il « accorde » l’indépendance à ses anciens sujets, après quoi vient « l’aide » au développement. Mais derrière de telles phrases, il conçoit d’innombrables façons de poursuivre des objectifs autrefois atteints par le colonialisme nu. C’est la somme de toutes ces tentatives modernes de perpétuer le colonialisme tout en parlant de « liberté » que l’on appelle le néocolonialisme. La soumission de la plupart des gouvernements africains au programme politique climatique des pays industrialisés du Nord tend elle aussi à refléter « la mécanique du néocolonialisme.[3] »

La mainmise économique des États-Unis et de l’Europe, et de plus en plus de la Chine et des autres pays du BRICS, sur les pays africains est mise en évidence dans les négociations sur le climat à l’ONU et les discussions sur les REDD en particulier. Même Dr Tewolde Berhan Gebre Egziabher d’Éthiopie, qui a mené la charge de l’Union africaine contre les cultures transgéniques à la Convention sur la diversité biologique et dénoncé avec éloquence le colonialisme des OGM, lorsqu’il a été approché au Sommet de Copenhague à propos du besoin urgent de s’assurer que l’Union africaine rejette les REDD, a hésité. Malheureusement, les États-Unis et l’Europe ont eu beaucoup de succès à convaincre les capitales africaines d’appuyer l’agenda climatique hégémonique basé sur le commerce du carbone.

Les débats historiques entre dirigeants africains comme Kwame Nkrumah et Julius Nyerere, et même entre Ernesto ‘Che’ Guevara, Samora Machel et cinquante autres penseurs à Dar es-Salaam en 1965, sur la priorité pour l’Afrique, accéder à l’indépendance ou défaire le capitalisme, et le besoin ou non d’unité pour atteindre l’une ou l’autre de ces aspirations, sont toujours d’actualité. On peut se demander si ces dirigeants ont déjà imaginé une forme de colonialisme comme les REDD et comment ils y auraient répondu. En revanche, l’absence actuelle de toute opposition claire aux REDD de la part des gouvernements africains donne à réfléchir et montre à quel point le leadership africain a changé au cours des 50 dernières années.

Le court texte, Wielding the Power of Vision and Naming to Halt Skyocide and Carbon Imperialism, tente de saisir les défis terminologiques de la lutte contre les REDD et la défense du Ciel.[4] « La terminologie pour décrire ce qui se passe fait si cruellement défaut que beaucoup sont aveuglés par le blizzard de mensonges sur l’ampleur véritable et les causes de cette catastrophe planétaire sans précédent, ainsi que les solutions à celle-ci. On ne peut s’empêcher de se demander si le terme “colonialisme du carbone” est plus acceptable parce que le mot “impérialisme” est considéré comme trop incendiaire, rébarbatif ou vieux. Si c’est le cas, est-ce que l’utilisation d’un terme plus acceptable réduit la précision et limite ou déraille les réponses stratégiques ? »

Le fait de contextualiser et comparer les REDD aux systèmes passés de domination et d’exploitation de l’Afrique et des Africains, et d’examiner la résistance correspondante et les stratégies d’émancipation n’est pas un exercice futile ou abstrait. On peut espérer qu’il puisse aider à évaluer et à créer des pistes pour stopper les REDD et l’accaparement du continent en comparant non pas simplement le phénomène, mais aussi les rapports de forces ainsi que les conditions, les structures, les ressources économiques, matérielles et humaines, la conscience et le leadership de la résistance.


  1. Rodney, Walter, How Europe Underdeveloped Africa, http://abahlali.org/files/3295358-walter-rodney.pdf Version française : Et l’Europe sous-développa l’Afrique.
  2. Kwame Nkrumah, Neo-Colonialism, the Last Stage of Imperialism, http://www.marxists.org/subject/africa/nkrumah/neo-colonialism/ch01.htm Version française, Le néo-colonialisme : dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine.
  3. Ibid.
  4. Global Alliance against REDD. Wielding the Power of Vision and Naming to Halt Skyocide and Carbon Imperialism, p. 1.

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