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12 Les REDD gourmet

Pour augmenter leurs marges et créer de nouvelles formes de rente, les capitalistes ajoutent de la valeur à leurs produits. Les REDD gourmet ajoutent des couches de valeur additionnelle aux crédits de carbone et les rend encore plus rentables et commercialisables en raison de leur allure raffinée et exotique aux yeux des consommateurs des pays industrialisés.

Par exemple, des crédits REDD des océans et des mangroves du Mozambique peuvent être combinés à des plans de compensation pour la biodiversité et la protection de papillons, d’étoiles de mer endémiques et la gestion communautaire des ressources marines, y compris la protection de requins-baleines. Le rapport Cashing in on Creation: Gourmet REDD privatizes, packages, patents, sells and corrupts all that is Sacred[1] constitue un document de référence fondamental pour comprendre les REDD gourmet.

La recette des REDD Gourmet contient les ingrédients suivants :

Des REDD

+ Paiement de services environnementaux

+ Compensations pour la biodiversité

+ Compensations pour l’eau

+ « Développement durable »

+ Cultures traditionnelles

= Marchandisation ou privatisation accrue de l’air, de la vie et de la culture

 

Les REDD gourmet sont une combinaison de REDD et d’autres types de compensation. Pour bien enrober le REDD et écoblanchir la pollution avec des stratagèmes comme le Climate Change Chocolate (chocolat des changements climatiques),[2] il y a des normes, des vérificateurs tiers indépendants, des systèmes de certification,[3] « des petits projets de compensation carbone mignons et inoffensifs, » et la « niche gourmet du marché de carbone.[4] » Une autre manière d’embellir le commerce des émissions de carbone[5] et faire encore plus d’argent consiste à combiner les REDD avec des formes exotiques de soi-disant compensation pour la destruction environnementale. Dans ces premières années du 21e siècle, tout est transformé en service environnemental ou « compensation. » Vendre la vie au plus offrant fait fureur.

Préparer un plat REDD gourmet dans la réserve nationale du lac Nyassa ? – WWF, Coca-Cola et USAID

La réserve nationale du lac Nyassa, un écosystème complet d’une superficie de 4,2 millions d’hectares, semble être un excellent exemple de mégaprojet REDD gourmet en gestation. On compte parmi les participants è ce projet USAID, la société Coca-Cola et WWF ainsi que les ministères du Tourisme, des Pêches, de l’Environnement et de la Défense du Mozambique et le gouvernement provincial du Nyassa. Des « gardes forestiers » communautaires « coopèrent avec les Forces navales pour appliquer les lois existantes sur la pêche et l’exploitation forestière illégales, la migration illégale, les mines et la piraterie.[6] » Cela donne l’impression qu’ils se préparent à « contrôler » ce projet REDD Gourmet.

WWF, dont le masque vert a récemment été arraché dans le livre Panda Leaks : The Dark Side of WWF,[7] a déjà réalisé « des travaux de préfaisabilité sur le biochar dans la réserve proposée du lac Nyassa et explore le potentiel de carbone forestier dans d’autres sites.[8] » Le biochar nécessite de grandes quantités de bois de plantation comme matière première. Celle-ci est pyrolysée pour faire du charbon, lequel est ensuite enfoui dans le sol supposément pour séquestrer le carbone. Plusieurs groupes environnementaux critiquent fortement et discréditent ces affirmations. (Un projet REDD axé sur le biochar a aussi été piloté dans la République démocratique du Congo et au Cameroun[9] avec le soutien du Fonds forestier du bassin du Congo.[10])

Coca-Cola pourrait participer à la proposition de projet REDD du lac Nyassa étant donné son intérêt pour contrôler et privatiser les sources d’eau fraîche, comme elle l’a fait en Inde.[11] En fait, les activités de commercialisation de l’eau embouteillée de Coca-Cola pourraient un jour éclipser le succès de ses boissons gazeuses qui pourrissent les dents étant donné la crise mondiale de l’eau qui ne cesse de s’aggraver, le mouvement mondial de privatisation de l’eau et l’accès à l’eau qui est devenu le thème sous-jacent de bien des conflits armés et guerres.

Coca-Cola est clairement consciente que le lac Nyassa est le deuxième lac en importance en Afrique et une ressource hydrique stratégique du Malawi et du Mozambique. La disponibilité de l’eau, y compris les précipitations annuelles, fait aussi partie de l’attrait du Mozambique en tant que pays hôte des projets pilotes REDD en Afrique. Sans aucun doute, les accaparements de terres et d’eau vont main dans la main, et le lac Nyassa pourrait justement en être un parfait exemple.

L’agence USAID des États-Unis est le premier donateur bilatéral du Mozambique. L’USAID appuie le parc national de Gorongosa et la création de la réserve du lac Nyassa. À travers le projet de tourisme du nord du Mozambique, l’USAID appuie le tourisme naturel. Elle a exprimé son intérêt pour le développement de projets carbone novateurs et de partenariats public-privé.[12]

Selon Carbon Plus Capital – Biocarbon Finance,[13] « le ministère de Coordination des affaires environnementales (MICOA) du gouvernement du Mozambique est chargé du développement d’une stratégie nationale de REDD . Dans le cadre de cette stratégie, le MICOA travaille avec Carbon-Plus Capital sur un mécanisme inédit de financement de la conservation basé sur l’alignement des intérêts de la conservation, du développement durable et de l’atténuation des changements climatiques ainsi que ceux du capital privé. Centré sur la réserve nationale de Nyassa du Mozambique, une aire unique de 4,2 millions d’hectares, le projet est développé en tant que modèle de gestion du carbone forestier afin d’informer et inspirer l’évolution d’un système REDD mondial efficace.[14] »


  1. Indigenous Environmental Network, in The No REDD Reader http://www.ienearth.org/docs/No-Redd-Papers.pdf; http://www.carbontradewatch.org/publications/no-redd-a-reader.html
  2. « How to use offsets in your marketing, » voir notamment Climate Change Chocolate http://ecopreneurist.com/2008/09/08/how-to-use-offsets-in-your-marketing/ et Ecosystem Market Place http://ecosystemmarketplace.com/index.php
  3. « VCS, une norme de compensation carbone volontaire, soutenue par l’Association internationale pour l’échange de droits d’émission basée à Genève, le Climate Group et le Forum économique mondial, captera probablement les volumes les plus importants du marché mondial de compensations volontaires… La fondation Gold Standard de Bâle a développé une norme pour les 'crédits gourmet.’ » http://www.icfi.com/Markets/Climate-Change/doc_files/carbon-credits-switzerland.pdf Il y a aussi des vérificateurs tiers indépendants comme Climate, Community & Biodiversity Alliance. http://www.climate-standards.org/
  4. Abyd Karmali, Directeur exécutif et chef mondial, marchés de carbone à la Bank of America Merril Lynch http://www.slideshare.net/FinancingForests09/financing-the-worlds-forests-integrating-markets-and-stakeholders3
  5. Brunner, Steven, « Gourmet credits: refining Swiss carbon cheese, » http://www.icfi.com/Markets/Climate-Change/doc_files/carbon-credits-switzerland.pdf (accessed 2007)
  6. Mozambique Review, juillet 2011, p. 24
  7. Huismann, Wilfried. Panda Leaks: The Dark Side of WWF, « WWF, une marque de conservation de la nature de renommée mondiale, éccoblanchit les crimes écologiques des sociétés privées qui détruisent actuellement les dernières grandes forêts tropicales et habitats naturels de la Terre ; et il accepte leur argent. Le modèle d’affaires de cette fameuse “éco”-organisation cause plus de tort à la nature que de bien. » http://www.amazon.com/PandaLeaks-The-Dark-Side-WWF/dp/1502366541 « Huismann s’est aussi penché sur l’histoire ancienne de la plus grande et puissante organisation de conservation de la nature au monde et a trouvé plusieurs squelettes dans le placard : le club d’élite secret connu sous le nom de “The 1001” et une unité de commando militaire privée déployée en Afrique contre les braconniers de gros gibier – et aussi contre les mouvements de libération de l’Afrique noire. » http://www.pandaleaks.org/videos/south-africa/
  8. Feasibility Study: Sustainable Financing of Protected Areas in Mozambique, pp. 17-18, WWF, 2010, http://toolkit.conservationfinance.org/sites/default/files/documents/start/feasibility-study-sustainable-financing-2010-biofund-mozambique.pdf
  9. « Slash and burn: biochar and REDD in DR Congo and Cameroon » http://www.redd-monitor.org/2011/12/06/guest-post-slash-and-burn-biochar-and-redd-in-dr-congo-and-cameroon/
  10. « Le Fonds forestier du bassin du Congo (FFBC) a vu le jour en 2008, avec une subvention de 100 millions de livres (environ 116 millions d’euros) des gouvernements du Royaume-Uni et de la Norvège. Le Fonds est hébergé et géré par la Banque africaine de développement. Ses priorités sont formellement alignées avec celles établies par la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC) et trois des cinq priorités concernent le renforcement de la capacité à exécuter des projets REDD et de paiements pour services écosystémiques. Le FFBC collabore étroitement avec le programme REDD de l’ONU. » Ibid.
  11. Transnational Institute, Smith, Kevin, « Offsetting Democracy, » https://www.tni.org/en/article/offsetting-democracy
  12. « Feasibility Study: Sustainable Financing of Protected Areas in Mozambique, » pp. 17-18, WWF, 2010, http://toolkit.conservationfinance.org/sites/default/files/documents/start/feasibility-study-sustainable-financing-2010-biofund-mozambique.pdf
  13. Carbon Plus Capital http://www.carbonpluscapital.com/associates
  14. Carbon Plus Capital http://www.carbonpluscapital.com/niassa-reserve-mozambique

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