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16 Les REDD, une nouvelle forme de violence contre les femmes

Dans une lettre ouverte adressée aux Nations Unies, Carbon Trading, CDM and REDD : New Forms of Violence against Women NOT Women’s Empowerment![1]le Réseau Pas de REDD en Afrique et la Global Alliance against REDD ont dénoncé les REDD parce qu’ils comportent une nouvelle forme de violence contre les femmes

En voici un extrait :

En tant que femmes, nous savons que le commerce du carbone et les projets de compensation carbone violent notre droit à la vie parce qu’ils augmentent la pollution et amplifient le réchauffement de la planète. Les projets de compensation carbone ont produit des accaparements de terre, des violations des droits de l’homme, des violations des droits des femmes, des enfants et des peuples autochtones, des déplacements forcés, des gardes armés, des emprisonnements, la persécution et la criminalisation de militants. L’arnaque du commerce du carbone signifie également plus d’asthme, de maladies cardiovasculaires et de cancers pour les communautés qui vivent à proximité des sources de pollution. Les marchés du carbone écoblanchissent cyniquement l’exploitation, l’extraction et la combustion croissante des combustibles fossiles, créant des points chauds et des fardeaux toxiques sur le corps des femmes avec des conséquences sur le droit des générations futures à une vie saine.

Puisque ce sont les femmes qui conservent et récoltent l’eau, nous savons que ces fausses solutions permettent aux industries polluantes et aux gouvernements d’augmenter les émissions et déversements toxiques, lesquels empoisonnent cette précieuse ressource. Par ailleurs, les fausses solutions aux changements climatiques causent plus de sécheresses, d’inondations et de désastres naturels, dans lesquels les femmes et les enfants ont 14 fois plus de chances de mourir que les hommes.[2]

Nous célébrons la Terre Mère et les femmes. Nous rejetons le commerce du carbone, le MDP et les REDD, et nous les dénonçons en tant que nouvelles formes de violence contre les femmes, les enfants, les communautés locales et les peuples autochtones. Nous rejetons également la norme Women’s Carbon Standard, les « projets de compensation carbone sensibles au genre, » les « méthodologies centrées sur les femmes et les enfants » et la promotion et certification du commerce du carbone et des projets de compensation carbone de tous types, du point de vue de l’émancipation et du leadership des femmes ou du bien-être de nos familles et enfants.

Les projets pilotes REDD en Afrique ont déjà des effets négatifs pour les femmes et les enfants. L’éviction d’une partie du peuple Ogiek de la forêt Mau pour un projet REDD financé par le PNUE a empêché l’exercice de certaines pratiques traditionnelles des Ogieks, notamment la chasse et la récolte de miel sauvage. Selon Judy Kipkenda, agente de communication et des médias du Programme de développement du peuple Ogiek, certaines femmes et filles Ogieks sont forcées de se prostituer au bord de la route où elles sont campées.[3] Les études sur les effets spécifiques des projets REDD sur les femmes, les filles et les enfants, et comment ces projets alimentent la violence contre les femmes et l’exploitation sexuelle ainsi que l’émigration des forêts et de la campagne n’ont pas encore été menées, mais toutes ces formes d’injustice sont inhérentes aux accaparements de terre massifs pour les projets REDD.

 

En tant que mécanisme de compensation carbone, les REDD permettent aux pays industrialisés d’utiliser les forêts, l’agriculture, les sols et même les écosystèmes aquatiques pour éponger leur pollution de dioxyde de carbone au lieu de couper leurs émissions à la source. Les REDD permettent au Nord de se dérober de sa responsabilité historique en tant que source principale d’émissions et de forcer les peuples du Sud, ceux qui sont le plus durement touchés par la crise climatique et les moins à blâmer pour sa création, d’assumer cette responsabilité.[4]

Cependant, les compensations ne sont vraiment que le glaçage sur le gâteau REDD. Prétendre sauver le climat avec les REDD est un stratagème pour s’emparer de toutes les terres, l’eau et l’énergie qui restent sur la planète. De plus, selon Larry Lohmann, un expert sur le commerce du carbone, les REDD créent aussi « de nouvelles formes de marchandisation et de rente, de nouvelles sources de profit pour certaines entreprises, ils pacifient et corrompent les environnementalistes de classe moyenne et créent de nouvelles façons pour les sociétés privées de voler de l’État et du public.[5] »

Par ailleurs, à mesure que la mise en œuvre des projets REDD avance, d’autres programmes de compensation de type REDD incluront et encourageront même l’extraction de combustibles fossiles et l’exploitation minière dans les zones des projets REDD, comme ce qui risque de se passer dans le Socio Bosque en Équateur[6]. Il est fort probable que la même chose se produise dans les projets REDD en Afrique.

Des projets REDD avec des arbres ou même juste de l’herbe sont aussi prévus dans le cadre de l’expansion de projets miniers, d’oléoducs et d’autres activités d’extraction, de production et d’infrastructures de combustibles fossiles. Selon le président de la Chambre des mines des Philippines, Benjamin Phillip G. Romualdez, « le secteur minier, et toutes les industries extractives devront replanter des arbres sur les grandes superficies de terres où ils opèrent ; ainsi, aussi bien utiliser les arbres replantés comme crédits dans le commerce du carbone international.[7] » Steven Bluhm, un consultant sur les mines d’Afrique et PDG de Bluhm Burton Engineering (BBE), regrette que « l’Afrique du Sud tire de la patte dans l’utilisation des avantages que peuvent procurer les crédits de carbone.[8] »


  1. « Carbon Trading, CDM and REDD: New Forms of Violence against Women NOT Women’s Empowerment! » 4 juillet 2014 http://no-redd.com/
  2. http://www.unwomen.org/en/news/in-focus/the-united-nations-conference-on-sustainable-development-rio-20/facts-and-figures
  3. Témoignage de Judy Kipkenda, agente de communication et des médias du Programme de développement du peuple Ogiek, durant le Forum permanent des Nations Unies sur les questions autochtones, 2014.
  4. Lohmann, Larry, « Marketing and Making Carbon Dumps: Commodification, Calculation and Counterfactuals in Climate Change Mitigation, » Science as Culture, Vol. 14, No. 3, pp. 203 à 235, septembre 2005 http://www.dartmouth.edu/~mkdorsey/Marketing%20and%20Making%20Carbon%20Dumps.pdf
  5. Lohmann, Larry, entrevue, 9 octobre 2015. Il se réfère à de nouveaux types de rentes décrits par Romain Felli dans On Climate Rent, Université de Genève, « Historical Materialism In Environment, not Planning: The Neoliberal Depoliticisation of Environmental Policy by means of Emissions Trading, » article accepté pour publication dans la revue Environmental Politics, mai 2015
  6. Ramos, Yvonne, Acción Ecológica, « Socio Bosque another face of Green Capitalism, » No REDD Reader, http://www.carbontradewatch.org/publications/no-redd-a-reader.html Entrevue de Max Lascano (mai 2010). Le directeur de Sociobosque reconnaît que le forage pétrolier et l’exploitation minière sont permis dans le Socio Bosque – Industries extractives. http://londonminingnetwork.org/2010/04/rio-tinto-a-shameful-history-of-human-and-labour-rights-abuses-and-environmental-degradation-around-the-globe/
  7. « Mining industry eyeing carbon credits, » http://www.gmanetwork.com/news/story/46633/economy/mining-industry-eyeing-carbon-credits
  8. Mining Weekly, « SA lagging behind in taking advantage of carbon credits system, » http://www.miningweekly.com/article/sa-lagging-behind-in-taking-advantage-of-carbon-credits-system-2008-05-16

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