15 Main-d’œuvre et travail : asservissement et esclavage du carbone

Il existe plusieurs exemples significatifs de projets REDD qui intensifient l’exploitation des populations et produisent des conditions d’esclavage du carbone, notamment : le projet modèle REDD Rio 20 de N’hambita au Mozambique dont le contrat impose aux paysans un esclavage du carbone sur plusieurs générations ; la plantation de carbone d’Ibi-bateke, un modèle de la Banque mondiale, dans lequel les Pygmées Batwa pourraient se retrouver dans une situation de servitude ; et les expulsions en Ouganda qui ont converti des paysans prospères en péons de la plantation de la New Forests Company sur leurs propres terres. L’exploitation extrême et l’inhumanité de ces projets ne sont pas des erreurs ou des exceptions, mais plutôt une partie intégrante et essentielle de la stratégie des REDD. Dès l’année 2000, le Forum international des peuples autochtones et des communautés locales sur les changements climatiques, dans sa première déclaration à la plénière des Nations Unies, avait prophétiquement juré que « nous ne voulons pas être des esclaves du commerce du carbone ![1] »

La tendance à maximiser les profits est une caractéristique du capitalisme. La maximisation des profits comporte souvent la maximisation de l’exploitation. Cette tendance pourrait définir le type de main-d’œuvre requise pour les REDD en Afrique et les plantations d’arbres, d’agrocarburants et de cultures. L’esclavage du carbone et la servitude des modèles existants de projets REDD (c.-à-d. N’hambita et Ibi-Bateke) indiquent que l’esclavage du carbone pourrait bien être une caractéristique générale des REDD en Afrique.

La tendance des REDD à convertir les paysans et/ou les peuples autochtones en péons sur leurs propres terres s’est déjà produite dans la plantation de New Forests Company en Ouganda. Les paysans prospères expulsés ont été contraints de devenir des péons de plantation mal payés sur la terre d’où ils ont été expulsés. « Sans toit et sans espoir, M. Tushabe a dit qu’il a accepté l’emploi avec l’entreprise qui l’a expulsé. On lui a promis plus de 100 $ de salaire mensuel, a-t-il dit, mais il n’a reçu qu’environ 30 $.[2] »

L’exploitation de la main-d’œuvre des communautés locales est facilitée par la situation extrêmement désavantageuse des personnes expulsées, sans toit et dépossédées qui n’ont aucun ou pratiquement pas d’accès à un soutien juridique. Le peu d’intérêt qu’ont certains intervenants de la communauté internationale des droits de l’homme pour dénoncer le commerce du carbone vient aggraver cette absence de recours. Sauf pour quelques cas isolés de violations des droits de l’homme, la plupart des ONG des droits de l’homme se contentent de chercher à obtenir une réforme du mécanisme de développement propre ou de promouvoir des protections.

En ce qui concerne la transformation des modes de production, les REDD paysage et l’agriculture intelligente face aux changements climatiques pervertissent la tâche de faire pousser des aliments pour en faire une de culture du carbone et pourraient ouvrir la voie à une contre-réforme agraire. Beaucoup de travail d’analyse reste à faire sur les effets des REDD sur les systèmes de production et la main-d’œuvre des écosystèmes forestiers et aquatiques. Mais une chose est déjà claire : les REDD font partie d’un nouveau chapitre du capitalisme qui pourrait générer de nouvelles formes de plus-value provenant de la nature et complètement transformer les systèmes de production des paysans et des habitants de la forêt, leurs formes de travail et d’exploitation, ainsi que les relations de pouvoir liées au travail.


  1. Déclaration de Lyon, Forum international des peuples autochtones et des communautés locales sur le climat, 2000.
  2. New York Times, « In Scramble for Land, Group Says, Company Pushed Ugandans Out » http://www.nytimes.com/2011/09/22/world/africa/in-scramble-for-land-oxfam-says-ugandans-were-pushed-out.html

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