3 Quelques autres définitions

Prenez une profonde respiration. Inspirez. Expirez. Comment vous sentez-vous de savoir que l’air que nous respirons est en voie d’être privatisé ? L’atmosphère devient la propriété privée de l’industrie et des gouvernements au moyen d’une activité appelée le « commerce du carbone. »

Le commerce du carbone est le commerce d’unités de pollution créées qui équivalent à une tonne métrique de dioxyde de carbone et de cinq autres gaz à effet de serre. Ces unités sont vendues dans des bourses appelées marchés du carbone.

Le commerce de ces permis de polluer, les crédits de carbone, permet aux industries et aux pays pollueurs de se soustraire facilement et à faible coût de leurs obligations de réduire la pollution à la source. En d’autres mots, le commerce du carbone épargne les pollueurs. Il présuppose la mainmise, la marchandisation, la privatisation et la vente de la nature par les marchés financiers, un processus de « financiarisation de la nature » qui sous-tend ce que l’on appelle « l’économie verte. »

« L’économie verte » est un terme qui chapeaute toutes sortes de manières de vendre la nature, notamment REDD , le mécanisme de développement propre (MDP), le commerce du carbone, le PSE (paiement de services environnementaux), la financiarisation de la nature, le Régime international d’accès aux ressources génétiques, le brevetage du vivant, l’ÉÉB (Économie des écosystèmes et de la biodiversité), le capital naturel, les obligations vertes, les banques d’espèces et les « partenariats » entre l’État, les entreprises et les peuples autochtones. Sous l’économie verte, même la pluie, la beauté d’une chute ou le pollen que récolte une abeille peuvent être réduits à un code-barre avec un prix et vendus au plus offrant. En même temps, l’économie verte promeut et écoblanchit des industries extractives qui dévastent l’environnement et la société comme la foresterie, les mines et les forages pétroliers et gaziers en les qualifiant de « développements durables. » Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité.

Richard Sandor et d’autres ont inventé le commerce du carbone dans les années 1980[1], lequel est organisé par les bourses des valeurs avec l’appui des Nations Unies, de sa Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et le protocole de Kyoto. Sous l’ONU, le commerce du carbone a lieu dans un « marché obligatoire » parce qu’il est effectué pour se conformer à des engagements juridiquement obligatoires de réduire les émissions.

Mais les individus, les entreprises et les États peuvent aussi acheter et vendre les crédits de carbone à l’extérieur de l’ONU dans le « marché volontaire. » Les pollueurs utilisent le marché volontaire pour accumuler les crédits de carbone en prévision d’exigences futures de réduction de leurs émissions, pour « écoblanchir » leur image ou parce qu’ils pensent que cela réduit les changements climatiques. Il existe des marchés du carbone en Europe, en Afrique et au Brésil et il y a aussi de nombreux cas de spéculation et de fraude sur le carbone et même des « criminels » du carbone.[2]

En vertu du mécanisme de développement propre (MDP) de l’ONU, on peut aussi obtenir des crédits de carbone pour des projets réalisés dans les pays du sud qui supposément réduisent ou évitent la production de dioxyde de carbone (CO2) ou encore captent le CO2 afin de compenser ou neutraliser la pollution causée ailleurs. Ces compensations d’émissions, appelées compensations carbone, sont générées par des projets comme les barrages hydroélectriques et les plantations d’arbres. Le MDP assigne donc aux pays du Sud l’obligation de réduire les émissions et c’est pourquoi il a été dénoncé pour colonialisme par le carbone.

Les arbres absorbent le dioxyde de carbone et libèrent l’oxygène grâce à la photosynthèse. La photosynthèse est la prémisse des compensations carbone liées aux forêts. Les REDD sont prétendument un mécanisme pour combattre les changements climatiques et protéger les forêts en procurant des incitatifs au moyen de compensations carbone. L’idée de base derrière les REDD est simple : les pays en développement qui veulent et peuvent réduire les émissions causées par la déforestation devraient toucher une compensation financière pour ce service.

Les REDD se sont développés à partir d’une proposition soumise à l’ONU en 2005 par un groupe de pays appelé Coalition pour les pays de forêts pluviales (Coalition for Rainforest Nations). En juin 2015, après dix années de négociations, l’ONU a finalisé les REDD.[3] Il est prévu que les REDD soient inclus dans le document final du Sommet mondial de l’ONU sur le climat qui aura lieu à Paris en décembre 2015.[4]

Selon REDD Monitor, [notre traduction] « Le diable, comme toujours, est dans les détails. Le premier détail, c’est que les paiements ne seront pas faits pour la conservation des forêts, mais bien pour la réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation des forêts. Cela peut sembler être du coupage de cheveux en quatre, mais en fait c’est important parce qu’il rend possible, par exemple, l’exploitation d’une zone de forêt vierge et la compensation des émissions qui en découleraient par une plantation industrielle d’arbres en monoculture ailleurs.[5] »

Les REDD souffrent de plusieurs problèmes techniques fondamentaux, notamment les fuites, l’additionnalité, la permanence et les systèmes de mesure. Ces termes se réfèrent fondamentalement à toutes les complications qui nuisent au fonctionnement des REDD, car : on peut transférer les activités de déforestation prévues ailleurs ; il n’y a aucune façon de démontrer qu’une forêt allait être coupée sauf si l’on peut prévoir l’avenir ; les arbres ne stockent pas le carbone indéfiniment ; et personne ne sait vraiment comment mesurer le carbone que renferment les arbres, et encore moins ne comprend pleinement le cycle du carbone dans l’atmosphère ni ne peut le suivre et le quantifier.

Les fuites concernent le fait que si la déforestation peut être évitée dans un endroit, les destructeurs de forêts peuvent bien déménager et détruire une forêt dans une autre région du pays ou dans un autre pays.

L’additionnalité concerne le fait qu’il est pratiquement impossible de prévoir ce qui aurait pu se produire en l’absence d’un projet REDD.

La permanence concerne le fait que le stockage du carbone dans les arbres est seulement temporaire. Tôt ou tard, tous les arbres meurent et libèrent leur carbone dans l’atmosphère.

Les systèmes de mesure concernent le fait qu’il est extrêmement difficile de mesurer avec précision la quantité de carbone stockée dans les forêts et les sols des forêts – un tel exercice risque de produire des erreurs énormes.[6] »


  1. Cameron, James, « Heroes of the Environment—Richard Sandor » http://content.time.com/time/specials/2007/article/0,28804,1663317_1663322_1669930,00.html
  2. Reuters, http://www.reuters.com/article/idUSTRE57J3BC20090820
  3. Climate Change News, « UN finalizes forest protection initiative at Bonn climate talks. » http://www.climatechangenews.com/2015/06/10/un-finalises-forest-protection-initiative-at-bonn-climate-talks/
  4. Voici le projet de décision qui sera considéré à Paris : « Methodological guidance for activities relating to reducing emissions from deforestation and forest degradation and the role of conservation, sustainable management of forests and enhancement of forest carbon stocks in developing countries » http://unfccc.int/cop9/latest/sbsta_l27.pdf
  5. REDD Monitor, « REDD: An Introduction, » http://www.redd-monitor.org/redd-an-introduction/
  6. Ibid.

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